Demande accrue pour la formation des adultes au cégep

Demande accrue pour la formation des adultes au cégep

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Bulletin ÉFA - 20 novembre 2007

Demande accrue pour la formation des adultes au cégep

Par Paul Bélanger, professeur à l'UQÀM et chercheur au Centre de recherche sur l'éducation permanente (CIRDEP)

La formation continue de niveau collégial, dans les further colleges de Grande-Bretagne ou les community colleges nord-américains, est devenue un des pôles stratégiques de l'éducation tout au long de la vie. C'est à ce niveau de savoir et de compétences que la demande d'éducation et de formation des adultes de la part des individus et des organisations est la plus forte. La transformation technologique dans l'industrie, la complexification du travail dans le secteur des services, tout comme les attentes suscitées par l'élévation du niveau général de qualification de la population active, tendent à déplacer à ce palier postsecondaire la demande éducative des publics adultes et des entreprises.

Alors que le gouvernement du Québec est à faire, avec les divers acteurs concernés, le bilan du Plan d'action 2002-2007 de la Politique québécoise d'éducation des adultes et de formation continue, il est important de rappeler cet élément nouveau dans l'économie générale de la formation continue et d'identifier les obstacles qui freinent la capacité de réponse des cégeps à cette demande pressante. Nous nous appuyons, en cela, sur des données que nous avons recueillies au cours d'une enquête menée en 2006 et 2007 en ce domaine particulier.

Une croissance rapide de la demande des adultes pour de la formation collégiale


Aux États-Unis, en Grande-Bretagne, au Canada anglais, la demande de formation continue est en voie de connaître un développement majeur dans les institutions collégiales. Dans la seule ville de Toronto, trois des collèges communautaires reçoivent, à eux seuls à chaque semestre, plus de 50 000 «continuing education students», alors que tous les cégeps québécois ensemble ne rejoignent, pour une même période, que 30 000 adultes.

Aux États-Unis, deux articles récents du New York Times soulignent cette nouvelle tendance : 40% des publics des community colleges américains sont des «adultes» et les personnes de plus de 40 ans, en recherche d'une conversion professionnelle, constitue un nouveau public encore inattendu il y a à peine dix années. En Grande-Bretagne, pour typifier cette évolution récente, on parle de l'«ère tertiaire» de l'éducation tout au long de la vie. Dans un nombre croissant de ces collèges anglo-saxons, les publics adultes dépassent même en nombre la population étudiante jeune en formation initiale.

Cette nouvelle demande de formation continue provient essentiellement de trois publics : la population en emploi en quête de perfectionnement professionnel et dont, au Québec, plus des deux tiers sont déjà munis d'un diplôme d'enseignement secondaire, la population immigrante arrivée récemment au pays et de plus en plus scolarisée, et, enfin, les diplômés de l'enseignement technique collégial en demande de perfectionnement professionnel continue dans leur domaine de spécialisation.

Il faut bien saisir que ces publics n'accepteront de s'investir dans leur développement professionnel que si les institutions proposent des réponses flexibles tenant compte de leurs conditions de vie et de travail, ainsi que de leurs expériences professionnelles.

En fait, la participation à la formation continue collégiale dans les pays anglo-saxons explose parce qu'elle répond à la situation des adultes. Elle prend la forme de formation créditée à temps partiel, les cours se donnent le soir ou en fin de semaine. On n'oblige pas l'adulte, désireux de prendre un cours spécifique, de s'inscrire à un programme complet.

Des obstacles à lever

Le problème au Québec, c'est que des obstacles sérieux freinent la capacité des cégeps d'exercer, en formation continue, le rôle clé qu'on attend d'eux. Les règlements actuels entravent le développement de la formation à temps partiel et bloquent la participation à un cours crédité à moins que l'adulte ne s'inscrive dans un programme d'AEC d'une durée moyenne de plus de 500 heures. Les règles budgétaires ont pour effet de privilégier la formation continue à temps complet pour des individus temporairement hors du marché du travail.

Le réseau collégial connaît aussi une anomalie dans le mode de financement de sa formation créditée. Les cégeps, en effet, ne bénéficient pas d'une enveloppe budgétaire ouverte pour la formation à temps partiel et à temps plein, comme c'est le cas au niveau universitaire. Dans ce réseau, il est effectivement possible d'assurer un financement équivalent à un même enseignement, qu'il soit à temps complet ou à temps partiel. Les cégeps n'ont pas non plus les ressources suffisantes pour informer et rejoindre les publics en demande de perfectionnement. Résultat: le réseau collégial ne peut jouer le rôle clé qu'on reconnaît à ces institutions dans les autres pays.

Alors qu'on s'apprête à définir le Plan d'action 2008-2013 de la Politique gouvernementale d'éducation des adultes et de formation continue, le temps est venu de corriger cette situation. L'occasion est donnée de lever les blocages de la formation continue collégiale. C'est un enjeu important, tant pour l'économie québécoise en pleine mutation, que pour les membres de la population active qui, à 30, 40, 45 ou 50 ans, ont besoin et ont droit de se former pour protéger leur accès au travail et mieux négocier les virages difficiles d'un parcours professionnel de plus en plus aléatoire.


 

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