Combattre la pauvreté, les inégalités et l’exclusion sociale

Combattre la pauvreté, les inégalités et l’exclusion sociale

Source: 

Centre interuniversitaire québécois de statistiques sociales (CIQSS) et Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS)

Résumé

Ce rapport résume et commente les principales conclusions découlant des présentations données à la conférence internationale « Statistiques sociales, pauvreté et exclusion sociale : perspectives québécoises, canadiennes et internationales » organisée à Montréal à l’automne 2011 par le Centre interuniversitaire québécois de statistiques sociales (CIQSS) et le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS). Cette conférence visait à faire le point sur l'état des connaissances et à identifier les lacunes à combler dans ce domaine de recherche.

Le rapport rappelle d’abord que la mesure des phénomènes sociaux n’est jamais simple et rarement exempte de considérations normatives ou politiques. Même si le Canada n’a jamais fait le choix d’une mesure officielle de la pauvreté, trois mesures de faible revenu sont produites par Statistique Canada et utilisées dans le débat public. Chaque mesure a ses forces et faiblesses. Il convient donc de les utiliser avec prudence. Comme aucune mesure n’est parfaite, le rapport suggère d’utiliser un éventail de mesures de manière à avoir un portrait plus complet et multidimensionnel de la situation, comme on le fait en Europe par exemple, où les autorités tiennent maintenant compte de trois mesures complémentaires, la première concernant le revenu, la deuxième, la privation matérielle, et la troisième, l’emploi.
 
Il n’y a pas de raison technologique ou économique simple qui permette d’expliquer pourquoi les inégalités et la pauvreté varient tant d’une société à l’autre. Les recherches tendent à montrer que le niveau d’emploi et la distribution des revenus de marché jouent un rôle prépondérant dans l’évolution des taux de pauvreté et d’inégalité et que l’éducation a toujours un effet positif, mais certains groupes ne semblent pas profiter autant de ces opportunités. Les avantages et désavantages, en effet, ne sont pas distribués également dans la population, même parmi les groupes jouissant d’un niveau d’éducation semblable. Au Canada, par exemple, les femmes, les jeunes, les personnes avec des limitations, les Premières nations et les immigrants récents sont plus susceptibles de connaître des épisodes de pauvreté. Et les enfants qui grandissent en situation de pauvreté sont plus susceptibles d’en vivre aussi, une fois devenus adultes.
 
Une grande partie de la recherche portant sur l’inégalité et la pauvreté s’intéresse aux déterminants individuels du faible revenu, comme la trajectoire familiale, le niveau d‘éducation et la participation au marché du travail. Aussi pertinents soient-ils, ces déterminants n’expliquent pas pourquoi, à richesse à peu près égale, certaines sociétés sont caractérisées par de plus grandes inégalités que d’autres. L’accent sur les facteurs individuels tend en effet à masquer le rôle joué par les institutions et les politiques publiques. Or celles-ci jouent un rôle crucial pour corriger les inégalités découlant du fonctionnement du marché. Les résultats variables des familles dans les différentes provinces canadiennes présentés dans plusieurs communications sont d’ailleurs une conséquence directe de choix de politiques publiques distincts. L’analyse comparative permet d’établir les conséquences de ces choix différents.
 
Pour lutter contre la pauvreté, le rapport recommande que les gouvernements adoptent des plans d’action comportant des objectifs publics précis et mesurables. De tels objectifs ont l’immense avantage d’indiquer une direction et de favoriser la mobilisation de tous les acteurs sociaux. En énonçant des objectifs tangibles, les gouvernements se donnent un défi et s’obligent à changer leurs façons de faire habituelles. Ces plans d’action devraient également identifier les changements politiques et institutionnels qui contribueront à la réalisation des priorités établies et instaurer des mécanismes de diffusion de l’information et de reddition de comptes. Comme il marque de loin le moment le plus important dans l’univers des politiques publiques, on suggère d’utiliser le discours sur le budget pour faire le point sur la pauvreté et les inégalités à chaque année.